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Dès mars 2007 j'avais déjà créé un blog qui continue toujours de comptabiliser des visiteurs et d'enregistrer des commentaires. Parmi les nombreuses rubriques créées, une d'entre elles, intitulée "Le XXe siècle par l'image" (voir extrait ci-dessus) était particulièrement suivie. Aujourd'hui un nouveau commentaire vient de me parvenir et je ne peux m'empêcher de le livrer à votre reflexion. Je suis fier de l'avoir reçu et je remercie son auteur qui n'est pas un inconnu dans la grande "arêne cosmique" qu'est internet.

LES SILHOUETTES

Les hommes sont des silhouettes qui traversent les siècles, des ombres animées sur l'immuable fond cosmique. Les humains avec leur destinée individuelle deviennent d'anonymes insectes quand, assis à côté du philosophe, on les observe depuis les hauteurs du Théâtre. C'est bien connu, la prise de distance donne de l'acuité. Ainsi François Dupont, parisien cinquantenaire inconnu du XIXème siècle avec ses humbles drames et ses petites gloires, avec ses "petits blancs" dominicaux et ses pot-au-feu du mardi n'est plus qu'une ombre parmi les milliards d'autres enfouies sous la terre, recouvertes par le temps, perdues, oubliées des vivants. Ce François Dupont est le passant sans visage, la personne sans nom aperçue avec des milliers d'autres sur telle ou telle pellicule de film tournée au début du XXième siècle. Sur ces vieux films datant des années 1900 où apparaissent des scènes de rues, les passants aux traits indistincts apparaissent tous identiques sur la toile de fond. Vainement je tente de les identifier, de leur donner un nom, d'imaginer leur destin individuel... Et je me rends compte que ces silhouettes uniformes, ces têtes d'une autre époque reproduites sur le même modèle, ces milliers de moustaches sur ces visages tous semblables, c'est moi, c'est vous, c'est nous. Nous nous croyons "mieux" (c'est à dire plus individualisés) que ces anonymes qui traversent la pellicule et dont les tombes, pour la plupart, ne sont plus que pierres effondrées aux épitaphes érodées au fond de nos vieux cimetières, et pourtant nous aussi nous sommes des ombres, nous aussi nous sommes les insignifiants anonymes des observateurs de demain en dépit de nos vanités de "gavés de technologie", de nos certitudes clinquantes et imbéciles d'internautes moyens. Éblouis par nos écrans, nous nous croyons à l'abri de l'Ombre... Nous sommes tous des François Dupont. Tous des silhouettes furtives dans la grande, inaltérable, immémoriale arène cosmique.

Raphaël Zacharie de IZARRA

Vous pouvez retrouver ce commentaire dans son contexte avec les 37 pages d'articles qui concernent cette rubrique, en cliquant sur ce lien :

http://chrisnord.sportblog.fr/r22364/XXe-siecle-par-l-image/37/